14 noviembre 2005

L'Eglise espagnole défend le catéchisme à l'école

Espagne En appelant à une manifestation aujourd'hui à Madrid contre une réforme scolaire, l'épiscopat poursuit son bras de fer avec le gouvernement socialiste.
Diane Cambon (LE FIGARO)
[12 novembre 2005]

L'ÉGLISE ESPAGNOLE est à nouveau sur le pied de guerre. Cette fois, c'est le projet de loi sur la réforme de l'éducation nationale qui a mis le feu aux poudres au sein de la hiérarchie catholique. Soutenu par le principal parti de l'opposition, le Parti populaire (PP, droite) et par une vingtaine d'associations de parents d'élèves catholiques, l'épiscopat espagnol a appelé ses ouailles à manifester aujourd'hui dans les rues de la capitale contre la loi organique de l'éducation (LOE), présentée il y a une semaine au Parlement de Madrid par le gouvernement socialiste.
Ni les appels au dialogue lancés par l'exécutif socialiste, ni le voyage éclair au Saint-Siège de la vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, n'ont atténué l'ire de l'Eglise. La porte-parole du gouvernement socialiste s'était rendue jeudi à Rome pour une rencontre «institutionnelle» avec le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Angelo Sodano. Alors que la presse espagnole a assuré que ce court séjour a été planifié pour mener une tentative de conciliation avec le haut clergé, Maria Teresa Fernandez de la Vega a démenti, hier, cette version, assurant que cette visite n'était liée à «aucun thème d'actualité». La numéro deux de l'exécutif espagnol a précisé avoir eu un entretien «aimable et cordial» avec le cardinal secrétaire d'Etat du Vatican.


Matière facultative
Pour la Conférence épiscopale espagnole, la nouvelle loi sur l'éducation est une attaque en règle contre les «valeurs catholiques pour laïciser» le pays.
Dans l'oeil de mire de la haute hiérarchie catholique, figure la réforme des cours de catéchisme. A leur arrivée au pouvoir en avril 2004, les socialistes avaient bloqué, avant son entrée en vigueur, la loi sur l'éducation approuvée par leurs prédécesseurs du Parti populaire. Sous José Maria Aznar, les conservateurs avaient en effet permis un retour en force des cours de religion dans les programmes scolaires. Le catéchisme devait devenir une matière obligatoire dans les écoles, lycées et collèges publics. Ces cours de religion, dispensés par des professeurs nommés par l'épiscopat mais rémunérés par l'Etat, devaient prendre autant d'importance que les sciences naturelles ou les mathématiques. En outre, les résultats obtenus en cours de religion auraient dû être déterminants pour l'accès à l'université. Pour l'Eglise espagnole, celle loi permettait de renforcer son poids dans la société espagnole et de justifier les subventions annuelles de l'Etat de quelque 140 millions d'euros.

L'accession surprise de José Luis Zapatero au pouvoir, fervent défenseur de la laïcité, a mis fin aux espoirs de l'Eglise. Dans la nouvelle réforme, la religion reste une matière facultative. En revanche, tous les établissements publics ont l'obligation de proposer son enseignement. «Cette loi est conforme à la Constitution, laquelle stipule qu'aucune religion n'a valeur de confession d'Etat», faisait remarquer la vice-présidente du gouvernement. Approuvée en 1978, la Constitution a en effet soldé quatre décennies de régime franquiste, autoproclamé «national-catholique», pendant lequel un concordat avait été signé (en 1953, renouvelé en 1979) entre le Caudillo et le Vatican.

Un rôle social à défendre
L'Eglise entend défendre son rôle dans la société espagnole, encore très catholique. Depuis le retour des socialistes, le clergé a multiplié les initiatives pour «promouvoir dans la rue la vision chrétienne» sur certains sujets de société. Elle n'avait plus appelé ses fidèles à manifester depuis le début des années 80, lors de l'introduction du divorce et de l'avortement. En juin, une vingtaine d'évêques, revêtus de leur traditionnelle soutane, avaient défilé auprès de 166 000 personnes pour dénoncer la loi autorisant le mariage homosexuel. Malgré cet impressionnant cortège, le texte est entré en vigueur au mois d'août. L'Eglise espagnole se heurte également au gouvernement sur d'autres dossiers phares de son programme de réformes, tels que l'assouplissement du divorce ou la recherche sur l'embryon. Autant de sujets épineux sur lesquels elle reçoit l'appui du Parti populaire, dont la cote de popularité ne cesse de grimper.

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