06 septiembre 2006

Salomon souvent imité


Le jugement de Salomon est un constat d’impuissance à détecter la vérité entre deux saisines opposées. Il fait appel à l’émotion, qui susciterait la sincérité, mais oublie la capacité de persuasion de chaque plaignant pour défendre son intérêt.

Ce mythe a forgé dans notre tradition un sens de l’égalité très curieux : deux plaignantes, deux versions, l’une vraie et l’autre fausse, sont mises à égalité. C’était signe d’une grande habileté politique certes, mais de peu de sens de la justice. Pour accréditer la thèse de Salomon « roi très malin » on nous montre une issue favorable, mais quelle aurait été la suite si la prétendue mère ne s’était pas démontée ?

Faux semblant, fausse égalité. Combien souvent voyons-nous afficher deux opinions contradictoires avec cette fausse impartialité, comme si la vérité était secondaire par rapport à l’affichage qui en est fait.

Le ministre de l’E.N., annonçant l’an dernier qu’il voulait « traiter également » écoles privées et publiques, a tenu un discours digne de Salomon : des communes rurales doivent payer pour des élèves allant à des écoles privées, situées hors de leur territoire, alors qu’elles ont une école publique sur place, alors que ce choix n’est pas offert aux écoliers du public qui veulent aller ailleurs.

Depuis que la Bible existe, l’effet Salomon est ainsi utilisé. Il le sera tant que l’esprit critique ne s’exercera pour démêler le vrai du faux, au-delà des apparences. Que dirions-nous si les policiers se contentaient de remplir « la main courante » sans chercher à vérifier et si les magistrats n’enquêtaient pas ?

L’esprit critique est peut-être ce qui permet de mieux caractériser l’intelligence humaine. Dommage que la crédulité gagne trop souvent devant les apparences. Contrer cela fait partie du combat laïque.

Raymond BELTRAN

(Le 07 septembre 2006)