30 junio 2008

A propos d’Espagne y la laicité

Je voudrais prouver (depuis 11 ans déjà !... ) à ceux qui préfèrent geindre et se lamenter que la laïcité est très bien mais que personne ne peut la comprendre hors de France, combien elle fait l’actualité au-delà de nos frontières. Y compris dans des fiefs longtemps investis par une religion, comme l’a été l’Espagne.

El Periódico du 3 juin dernier expliquait l’opposition des associations scolaires espagnoles liées à l’église catholique à l’inscription au programme du baccalauréat d’une matière de formation à la pensée scientifique. Il s’agit d’une initiation à l’épistémologie, d’une réflexion sur les méthodes scientifiques.

Cette opposition religieuse est moins l’aise qu’elle ne l’a été contre la formation à la citoyenneté : car il y a eu le « pourtant, elle tourne ! »… Elle ne veut pas d’enseignement que si la morale de l’église n’a pas à redire, ce qui n’est pas le cas pour l’évolutionnisme ou les cellules souches, par exemple. Il ne s’agit que de l’impossible confrontation avec des thèmes non admis par Rome. Malgré Galilée, la morale théologique doit toujours avoir le pas sur la pensée scientifique et les adolescents doivent ignorer ce que les évêques n’autorisent pas de savoir…

Un gouvernement qui a ménagé cette église (qui le combat pourtant) pour ne pas heurter les espagnols croyants mais qui veut maintenir, malgré elle, la modernisation de l’enseignement vers la compréhension du monde et de la société… Une base militante du PSOE qui veut utiliser le prochain Congrès pour réagir contre l’église et remettre le Concordat en cause… Une opposition qui dit vouloir changer après sa dernière défaite « parce que l’Espagne a changé », qui s’est dotée d’une Secrétaire Générale qui serait réticente à l’alignement du PP sur les combats de cette hiérarchie cléricale…

El País du 11 juin développe que des « Réseaux chrétiens, partant de leur double appartenance à la communauté chrétienne et catholique et à la société civile, parient pour l’indépendance, le respect et la collaboration entre les deux entités et travaillent pour un Etat laïque qui dépasse l’actuel semi confessionnalisme »… 150 associations catholiques de toute l’Espagne ont souscrit à cet appel et une pétition de soutien a été lancée.

Ces Réseaux considèrent que « les accords de 1979 avec le Vatican sont le principal obstacle à la séparation entre ces institutions ». Ils demandent leur abrogation : « Nous exigeons que les entités dépendant de l’église et des autres confessions religieuses se réclament du droit civil qui règle la vie associative de l’Etat ».

« Les réseaux chrétiens parient sur une laïcité pleine qui reconnaisse l’autonomie du politique et du civil par rapport au religieux et qui avance vers la séparation définitive de l’Eglise et de l’Etat, reconnaissant l’égalité des droits et des devoirs sans privilège ni avantages ecclésiastiques, garantissant les libertés fondamentales pour tous. »

Nous savons combien est grande la surdité des hiérarques devant la contestation de leur doctrine. Ils se croient de droit divin encore. Mais il est bon de savoir que ces mouvements d’opinion existent et se font entendre.

Il y a en Espagne un fond antireligieux fondé sur les excès anciens de l’Eglise, sur son soutien à Franco et à sa « croisade » de la guerre civile comme à des années de national catholicisme après. Mais il s’ajoute aussi, parmi les catholiques qui s’affirment tels, un ras-le-bol de la politisation des évêques espagnols. Ils voudraient ramener leur église à la dimension évangélique du « Donnez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »

Mais ce qui est remarquable c’est que pour avancer ainsi ils fassent référence à la laïcité. Ils ne parlent pas de laïcité à la française. Ils parlent de laïcité et cela leur suffit. N’est-ce pas que la laïcité appartient à tous et que tous peuvent la comprendre si on l’explique et qu’on la dégage de la gangue franco-française ?...

Elle est une valeur universelle. C’est un facteur de liberté pour les agnostiques, les athées comme pour les croyants quel que soit le choix confessionnel de chacun. C’est un facteur de paix et de coexistence malgré les différences, tous rassemblés par une seule loi civile commune, dépassant les croyances et les opinions particulières.

Raymond BELTRAN

Le 25 juin 2008