12 mayo 2009

Quel Pays basque ?

Le 7 mai dernier le nouveau chef du gouvernement de l’autonomie basque d’Espagne a prêté « serment ». Ce fut un événement remarquable à plusieurs titres, mais la presse française ne l’a mentionné qu’à peine.

La promesse ne fut pas comme d’habitude le serment sur la Bible (traduite en basque par Jean-Pierre Duvoisin en 1865, à la demande du Prince Louis Bonaparte) mais sur la Constitution. La formule qu’employa le premier lehendakari José Antonio de Aguirre, le 8 octobre 1936, sous la 2è République espagnole, a été modifiée : L’expression « Frente a Dios humillado » (soumis devant Dieu…) a été supprimée. Elle était employée par tous les successeurs d’Aguirre depuis que l’autonomie a été rétablie, après le franquisme.

Au-delà de ces questions de forme, il s’est agi d’une alternance démocratique qui a placé à la tête du Pays basque espagnol un représentant politique qui ne revendique ni l’indépendance ni la séparation entre « basques » et « espagnols. » Cet événement a été qualifié d’historique par la presse espagnole.

Le PNV (Parti National Basque) a toujours été considéré comme le représentant de l’identité basque depuis sa fondation par Sabino Arana y Goiri en 1895 : Il choisit le nom d’Euskadi pour le pays et le drapeau (ikurrina).

Le fondement doctrinal du PNV fut au départ celui de la race basque, avec la recherche qui en découlait d’une limpieza de sangre qui devait préserver la pureté raciale. Cette notion a été atténuée après la deuxième guerre mondiale par l’expression Euskal Herria (pays des basques), Euskadi devenant : la communauté des basques et ceux-ci se définissant comme ceux qui parlent basque.

Les autres piliers de la doctrine du PNV furent la religion catholique, fondement de la société, la réunification des 7 provinces du peuple basque et le départ des étrangers (espagnols ou maketos).

L’enseignement de l’euskera et le maintien des traditions culturelles sont devenus le ciment du nationalisme basque avec l’exigence d’une autonomie qui peut aller jusqu’à l’indépendance complète. Le PNV a été considéré comme modéré quand que les extrêmes se sont développés avec l’ETA, en 1959, avec ses diverses et successives vitrines légales.

Il est incontestable que l’identité et les particularismes basques constituent une base culturelle à laquelle sont très sensibles les électeurs d’Euskadi. Si le PNV a perdu la majorité politique provoquant ainsi une alternance, il reste que le sentiment d’appartenance à la tradition basque est encore très fort. Le tort du PNV a été de se vouloir exclusif, monopolisant la culture traditionnelle et refusant les influences extérieures.

Nous ne sommes plus dans les temps où l’on s’exportait (la diaspora basque a été remarquable) sans importer chez soi des populations exogènes. La richesse industrielle des trente glorieuses, avec les hauts fourneaux et les chantiers navals, appartient au passé. Elle a attiré de toute l’Espagne une main d’œuvre, qui est restée sur place après la crise.

Les familles se sont intégrées, mais elles ont été souvent réticentes à l’obligation de l’euskera dans les écoles. Une phobie de l’espagnol a servi de barrière aux intégrations culturelles. Le terrorisme a obligé des basques ethniques à quitter le Pays pour échapper aux menaces de mort de l’ETA. L’atmosphère est devenue lourde sur une économie imposée par l’ETA et sur une vie politique qui oblige les opposants à se protéger des attentats meurtriers les visant : plus de 800 morts dus au terrorisme, dont des etarras repentis…

Un débat devenu récurrent est bien résumé par une émission de la TV basque que j’ai eu l’occasion d’entendre : quel est le bon médecin que l’on ira consulter ? Celui qui a une bonne formation, qui est expérimenté cliniquement et qui parle basque bien entendu !... Mais la connaissance de la langue basque est-elle indispensable en médecine ?... Faut-il rejeter celui qui ne connaît pas bien l’euskara ?... La priorité donnée à l’enseignement du basque, utile sur place, au détriment du castillan, ne limite-t-elle pas la possibilité de vivre en Espagne ou à l’étranger quand on ne trouve pas de travail au pays ?...

Le nouveau lehendakari a dit vouloir être le lehendakari de tous les basques. Il devra tenir compte de leur désir d’assumer la tradition et de développer un sentiment national qui ne soit pas exclusif. Le Pays basque a une histoire, une culture, mais l’Espagne aussi : devraient-elles s’exclure mutuellement ?... Est-ce un hasard qui nous fait penser que la laïcité pourrait permettre cette synthèse ?...

Espérons que l’extrémisme, minoritaire mais resté agissant, finira par céder et laisser se développer la démocratie ; qu’il renoncera à tuer ceux qui ont le courage de lui résister ; qu’il renoncera à exiger l’annexion de la Navarre espagnole et des trois pays français que sont le Labourd, la Soule et la Basse Navarre comme l’une des conditions à la cessation des attentats…

Dans les années 80-90, le discours idéologique de gauche vantait les actions de l’ETA qui, si elles pouvaient se justifier sous Franco, ne pouvaient plus l’être sous la démocratie et avec un statut d’autonomie retrouvé… J’ai eu l’occasion de traverser alors Bilbao, en période électorale, et voir les affiches et les peintures murales des indépendantistes, libres de s’exprimer. Le gouvernement basque avait sa propre police autonome ertzaintza, levait les impôts et en reversait une partie au gouvernement central de Madrid… Il avait l’autonomie de l’éducation, des programmes comme de la langue d’enseignement… etc. A ce moment là la décentralisation des régions démarrait à peine en France !…

J’ai le souvenir des leçons doctrinales données par ceux qui ne connaissaient rien ni de l’Espagne ni du Pays basque, mais qui savaient, eux, que l’ETA était formée de patriotes (abertzales)… Ils fermaient les yeux sur les assassinats, sur les prises d’otages, sur les extorsions de fonds justifiés par la situation « révolutionnaire. » Je n’ai pas oublié les arguments que l’on me servait alors avec condescendance !...

Les 3 provinces espagnoles d’Euskal Herria formant l’Euskadi actuelle n’ont pas réussi à former un Etat multinational ni multiculturel. Elles n’ont pas réussi à inclure la 4è province, la Navarre, berceau de la culture basque, qui a été séparée d’elles par l’histoire du 19è siècle et par son positionnement pendant la guerre civile de 36-39.

L’usure du pouvoir, ses ambigüités à l’égard des indépendantistes, ont fini par vaincre le précédent lehendakari du PNV qui voulait imposer un référendum d’autodétermination.

La synthèse entre ceux qui voulaient promouvoir la patrie de leurs ancêtres et ceux qui voudraient un rassemblement de tous les habitants ne pouvait pas se faire avec les nationalistes. Se fera-t-elle avec le pouvoir au Parti Socialiste PSE (d’Euskadi, pas d’Espagne !...), s’appuyant sur un PP qui s’oppose aux nationalistes mais qui ne voudra pas du succès des socialistes ?... L’avenir le dira.

Raymond BELTRAN Le 12 mai 2009

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